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Médiathèques de Nevers Agglomération

 

LES HERBIERS DE LA MÉDIATHEQUE JEAN-JAURES

 

 

 

On désigne par herbier une collection de plantes séchées conservées généralement à des fins scientifiques, parfois dans un but esthétique. Si l’utilisation par l’homme de végétaux séchés pour confectionner guirlandes, parures, bouquets, remèdes et attributs magiques remonte à la plus haute Antiquité, l’apparition des herbiers est relativement récente. Leur invention est contemporaine de la vulgarisation du papier qui suivit la découverte de l’imprimerie. A cette date apparaissent les premiers Hortus siccus (jardins secs) ou Hortus mortus (jardins morts), lesquels ne prendront la terminologie d’herbarium (terminologie toujours en usage dans la littérature anglo-saxonne) ou d’herbier que près d’un siècle plus tard, lorsque Tournefort et Linné familiariseront ce mot auprès du public. Les plus anciennes collections conservées sont celles de l'école italienne de Lucca Ghini, dont un petit herbier (Hortus siccus de G. Cibo) a été réalisé dès 1532 ; les collections constituées par U. Aldrovandi et A. Cesalpino, vers 1555 -1570, comptent déjà à cette époque plusieurs milliers de spécimens.

L'Herbier de Jehan Girault (Lyon, 1558), réunissant 313 spécimens, est le plus ancien des herbiers de France. Dès la seconde moitié du XVIIe siècle puis au XVIIIe siècle, d'importantes collections proviendront des diverses explorations.

 

Gentiane

 

Les quatre herbiers de Nevers

 

D’après le Muséum d’histoire naturelle d’Autun, qui a inventorié en 2006 les herbiers existants en Bourgogne, c’est la Médiathèque Jean-Jaurès de Nevers qui possède les principaux herbiers du département. Au nombre de quatre, ils sont en très bon état de conservation :

 

 

 

- L’Herbier nivernais d’Alexandre Boreau est un herbier de référence pour le département. Datant de 1828-1834, il est constitué de 8 volumes. Offert par son auteur à la ville de Nevers en 1835, il a servi en partie de support à l’édition de la Flore du centre de la France publiée en 1840.

 

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- L’herbier dit du musée de Nevers est un herbier français dont les échantillons ont été récoltés entre 1847 et 1879 environ. Il existe un Catalogue des plantes composant l’herbier de la bibliothèque de la ville de Nevers, préparées et classées par Cyrille Fiston, membre de la société botanique de France, 1879-1880 qui semble lui être associé.

 

 

- L’herbier des mousses de Henry Cassini et M. Ogier est un petit carton contenant plus de 80 échantillons rangés dans des pochettes de papier. Un grand nombre semble avoir été récolté par Cassini dès 1808. Outre les mousses, on y trouve quelques lichens et des algues. Cependant les échantillons ne sont ni datés, ni localisés.

 

 

 

- L’herbier du XVIII° du docteur Subert : le docteur Subert l’a reçu en don en 1875. L’auteur pourrait en être un certain Guerin comme le montre une signature dans le livre. Il s’agit d’un livre unique, ressemblant à un herbier de médecine, avec sur chaque page un échantillon et des commentaires sur les propriétés de la plante correspondante.

 

 

Alexandre Boreau : L’Herbier nivernais, 1835 (Fonds Nivernais 1 N 5)

 

L'herbier nivernais

 

Alexandre Boreau

Alexandre Boreau (1803 - 1875)

Il naît à Saumur le 15 mars 1803. Enfant, il se passionne pour les fleurs. Après des études au collège, il est placé chez un pharmacien d’Angers. En même temps, il suit des cours de botanique au Jardin botanique municipal : de ses herborisations, il produit son premier herbier. Il décide ensuite de partir à Paris suivre les cours de l’Ecole de pharmacie. Il occupe son temps libre en suivant des enseignements de botanique au Museum d’histoire naturelle, en herborisant avec Jussieu, en suivant les leçons de physique de Gay-Lussac. Bien intégré à la communauté des naturalistes parisiens, il côtoie Cuvier. En 1828, une nouvelle vie s’ouvre pour lui : diplômé de pharmacie, après son mariage avec Antoinette Morin, il s’installe à Nevers, où il vient d’acquérir une officine. Il consacre ses heures de liberté à sa seule passion, la botanique. Seul ou accompagné de son ami Casimir Saul, il effectue des excursions dans tout le Nivernais, sources de son Herbier du Nivernais : il publie en 1832 son premier ouvrage : Voyage aux montagnes du Morvan. Il pense à une flore du Nivernais. Il cède son officine en 1836. Il élargit alors ses recherches à la France centrale. Devenu un botaniste respecté, il est nommé en 1838 à la direction du Jardin botanique d’Angers. Avec le soutien du comte Jaubert, il donne une Flore du Centre de la France qui a trois éditions : 1840, 1849, 1859. Il rédige une cinquantaine de notices à l’attention des botanistes dont il est un représentant émérite. Il meurt le 5 juillet 1875.

 

L’Herbier Nivernais

 

 

Il faut lire l’introduction manuscrite d’Alexandre Boreau : elle nous livre la genèse de cet important document en huit gros volumes in folio :

 

« Un voyage fait dans le département de la Nièvre en 1827 m’inspira le désir d’en étudier la végétation… Mes voyages botaniques presque tous entrepris à pied et à une époque, où les voitures publiques étaient peu communes dans ce pays, me causèrent bien des fatigues et des peines, mais aussi me procurèrent la jouissance qui s’attache à toutes les découvertes intéressantes… Jamais époque peut-être ne fut mieux choisie pour ces recherches utiles : partout les travaux agricoles tendent à modifier l’aspect de la nature champêtre… Les plantes qui fuient le contact de l’homme se réfugient alors dans les lieux écartés … C’est dans ces localités privilégiées que le botaniste diligent va les chercher… Il m’a semblé utile de déposer dans une collection publique des échantillons des plantes de ce pays et d’y consigner leurs localités… En 1834 j’écrivis à Monsieur Badouix, Préfet de la Nièvre pour les offrir au Département … Pas de réponse ! ». Heureusement les archives nous montrent que la Ville de Nevers accepta : dans une lettre du 27 janvier 1835, Boreau précise : « Je les offris à la Ville de Nevers. Un crédit de 149F 20c fut ouvert pour cet objet (matériel nécessaire à la confection de cet herbier en 1834). Je lui ai consacré tout le temps dont j’ai pu disposer, et aujourd’hui j’ai la satisfaction de pouvoir vous annoncer que ce grand travail est entièrement terminé. Les plantes de nos contrées sont classées méthodiquement dans leurs familles respectives sous 1423 numéros ».

 

Le système de portefeuilles reliés lui a semblé le plus adapté pour un herbier destiné au public. « J’ai laissé des blancs nombreux pour les plantes que l’on pourra découvrir plus tard… ». Son système de classement des plantes est le même, qu’il adoptera pour sa Flore : « L’ordre des familles naturelles est aujourd’hui le seul qui puisse être suivi… : j’ai adopté à peu près la classification de M. Candolle… ».

 

 

Candolle, botaniste suisse, a fait triompher la méthode naturelle inaugurée par Jussieu, fondée sur l’unité de plan de composition organique. Il a publié en 1817 : Système naturel des végétaux et exercé une influence considérable sur les études botaniques. Il faut prendre le temps de feuilleter ce document, regarder les spécimens de ces plantes, dont certaines ont disparu de nos contrées, bien se rendre compte que ces pièces ont plus de 170 ans d’âge, que l’ensemble est bien conservé. Il faut aussi lire toutes ces annotations manuscrites, qui donnent toute sa valeur scientifique à l’œuvre. L’auteur est très précis dans ses localisations et rend hommage à ses prédécesseurs ou condisciples : l’Abbé Troufflaut, Gillet, Simonet, le Comte Jaubert, M. Saul, etc. Souvent apparaît la mention : « Très rare ». Nevers est très présent dans les lieux, où les plantes ont été découvertes. Plusieurs fois on lit : « Parc de Nevers » comme bien d’autres endroits de notre bonne ville. Les botanistes contemporains consultent encore aujourd’hui cette pièce maîtresse de notre patrimoine et le citent dans leur bibliographie.